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Tarek Ananou, un photographe révolté

Il est des photographes qui exercent leur métier de manière engagée.

Ses tirages, splendides, ont une beauté trompeuse, prenant parfois des allures de fiction ou de mise en scène sophistiquée. Pourtant, rien n’est fabriqué. Dès que l’on met les pieds dans une de ses expositions, on est frappé par la mélancolie des visages cadrés-serrés, des êtres faibles.

Si l’atmosphère est lourde dans les prises -insolites-, elle s’avère tout aussi pesante pour le photographe de cœur. Les ravages de l’immigration, on les devine parce qu’on voit toutes les miettes. Tarek ANANOU -courageux-, ses séries de clichés partagent quelques moments de réalités dures, une angoisse particulière des enfants sans aucune assistance devant ce phénomène migratoire.

Photographe par passion, et acteur social par son sens aiguisé de responsabilité en s’intéressant aux problèmes sociaux, aux gens qui vivent dans les zones frontalières, et principalement à la condition des mineurs. Tarek ANANOU focalise son objectif sur une certaine détresse, sous toutes les formes qu’elle prend. Il plonge dans les petits enfers divers, lot des damnés de la vie. C’est ainsi ce qui fait courir Tarek ANANOU, ce militant qui jette à la face de la société ses défaillances, à coup de photos-missiles mettant en scène Chamkara et Harraga. Tant bien que mal immortalisés avec amour.

Capteur de vies, des rêves sur les frontières…les sujets n’ont pas fières allures et sont loin de nager dans le bonheur. Tarek ANANOU met en scène ces enfants de rues privés d’avenir, et porte un regard révolté sur eux.

Les visages, ravinés, griffés et meurtris s’imposent. Les sujets cadrés fixent le visiteur de part leurs blessures mises à nu, et leur regard où l’on entrevoit parfois une lueur d’espoir. Le résultat est saisissant. On ressort de ses expositions viscéralement remué. Les portraits sont si justes qu’ils résonnent en nous comme une réminiscence. La mal-vie de ces gens en quête constante avec « le bonheur », devient la nôtre, le temps d’un regard compatissant.

Ses séries de photos tentent d’explorer les ressorts du désenchantement et le désir d’émigrer qui agite la jeunesse marocaine, voire africaine. Tarek ANANOU ne fait que refléter une sombre réalité à travers des photos qui refusent tout effet de masque. Son monde en noir et blanc est un prisme sans spectacle. Pas de quoi séduire le quêteur d’exotisme. Autant que le regard franc et direct. Mais aussi chargé d’émotion, pétri de générosité, débordant d’humanité. Notre photographe a le cœur sur l’objectif.

En effectuant son travail apparemment simple et documentaire, Tarek construit une œuvre exemplaire. On ne peut s’empêcher de se demander si l'on est face au photojournalisme ou à l'art. Sinon, les deux !

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